Très fortement suspecté d’être toxique, le très populaire herbicide du N°1 mondial des OGM fait désormais l’objet de soupçons d’irrégularités sur ses formulations. Mais il reste toujours en vente libre : une situation plutôt embarrassante pour les pouvoirs publics, et notamment le Ministère de l’Agriculture.

Apparu pour la première fois en 1974, le Roundup® est depuis des années l'herbicide le plus vendu au monde. Il fait la fierté de son fabriquant, la société Monsanto qui affirme haut et fort que son produit est sûr. Du côté des professionnels et des utilisateurs réguliers, il est reconnu comme étant très efficace voire indispensable. Pourtant, ce produit « miracle », qui fait la joie des agriculteurs mais aussi des jardiniers du dimanche, fait l'objet de très virulentes critiques : il serait toxique pour l'environnement et pour la santé. Fréquemment interpellés sur le sujet à mesure que des études montrent des résultats très inquiétants sur les effets du produit, les pouvoirs publics français n'y trouvent toujours rien à redire. Ils donnent régulièrement leur accord pour la commercialisation de toutes les déclinaisons du Roundup®, même lorsque la formulation testée n'est pas celle qui est vendue dans le commerce… Une aberration grave (parmi d’autres) révélée par une association qui envisage d’étaler l’affaire devant les tribunaux si rien ne change...
 
ROUNDUP® : PLEBICITE PAR SES UTILISATEURS, UN STATUT A PART
 
Dans le monde de l’agriculture, l’arrivée du Roundup® a été vécue comme une petite révolution, à la fin des années 1970. Car jusqu’à cette époque, jamais un désherbant n’avait été aussi efficace et radical. Et pour cause, une seule pulvérisation suffit pour faire disparaître n’importe quel végétal comme par magie et « jusqu’aux racines », précise une mention sur l’emballage. Il permet également de replanter une semaine après ! De quoi épater les professionnels qui, après avoir assistés aux démonstrations des commerciaux de Monsanto, ont rapidement contribué à élever le Roundup® au premier rang des herbicides, peu de temps après sa sortie sur le marché. Fort de ce succès retentissant chez les professionnels, firme américaine donc eu l’idée en 1988 de créer sa division jardin afin de faire profiter aussi les jardiniers amateurs de cette technologie innovante. Ainsi, la réussite auprès des particuliers fut également au rendez-vous car, eux aussi, ont très vite adopté l’herbicide intégral devenu LA star des champs et des jardins. Selon des chiffres fournis par Agrow World Crop Protection News (un organe indépendant d’information et de surveillance de l’industrie agro-chimique), les ventes du Roundup® ont augmenté de 20% entre 1995 et 2000. Aujourd’hui en France, 60% de ses ventes se font auprès d’une clientèle de particuliers. Selon le programme AGRICE (Agriculture pour la Chimie et l’Energie), le Roundup® est utilisé en France à hauteur de 10 000 tonnes par an (AGRICE est un partenaire de l’ADEME, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie). Fort de ces succès commerciaux indéniables, le désherbant de Monsanto s’est vu octroyé par ses utilisateurs un statut à part, dans le monde des pesticides et produits phytosanitaires – les produits qui servent à protéger les plantes – dans lequel les herbicides représentaient 46% du marché mondial en 2008. Aujourd’hui, le tueur de mauvaises herbes, dont le brevet déposé en 1972 est entré dans le domaine public en 2000, se décline sous différentes formulations : concentrées, prêtes à l’emploi, en petits pulvérisateurs, en bidon de trois et cinq litres, en pulvérisateurs à pression et même en bidon équipé d’un petit moteur électrique pulvérisateur… Conçu à base de glyphosate, un principe actif chimique de synthèse, il est disponible quasiment partout : dans les jardineries bien sûr mais aussi dans les grandes et moyennes surfaces où il côtoie les biens de consommation courante. Si l’on prend en compte les deux dernières années de campagnes agricoles (qui va de juin à juin d’une année sur l’autre), le Roundup® et autres produits à base de glyphosate ont rapporté à la firme Monsanto entre trois et demi et quatre milliards de dollars par an, ce qui représente une part allant de 30 à 35% de son chiffre d’affaires annuel. Une vraie « vache à lait » donc pour le groupe, également leader mondial des semences génétiquement modifiées.
 
Car le statut à part du Roundup® vient aussi du fait que le produit a été associé aux recherches des ingénieurs de la firme pour le développement de semences OGM (Organisme Génétiquement Modifié), le but étant de créer des graines qui ensuite donnent des plantes qui y sont tolérantes. De ce fait, grâce au principe de la transgénèse (qui consiste à introduire un gène d’un organisme dans un tout autre organisme), la toute première semence transgénique au monde à sortir sur le marché en 1996 a été le soja Roundup-Ready® (appelé aussi « soja au Roundup® » par ses détracteurs). Dans ce soja, on a donc introduit un gène étranger (en l’occurrence celui d’une bactérie du sol appelée Agrobacterium tumefaciens) qui donne à la plante la propriété d’absorber l’herbicide sans mourir. Donc quand un agriculteur achète à Monsanto le droit d’utiliser ce type de semence (un règlement de droits d’auteur en quelque sorte), il doit parallèlement et obligatoirement acheter du Roundup®, également fabriqué par Monsanto : c’est ce qui s’appelle « faire une pierre, deux coups ». D’autres semences créées sur le même principe bénéficient également de ce procédé biotechnologique : le maïs (NK603), le colza, le coton ainsi que la betterave à sucre. Monsanto n’est pas le seul à avoir conçu ce type de plantes génétiquement modifiées (PGM). L’autre exemple le plus parlant est celui de la firme allemande Bayer Crop Sciences qui, de son côté, a créé les plantes transgéniques Liberty-Link® qui tolère son propre herbicide, le Liberty® (qui lui est à base de glufosinate, un produit qui sera interdit en Europe en 2017) mais les résultats commerciaux sont bien moindres que ceux de Monsanto avec son Roundup® et ses semences OGM Roundup-Ready®. Par extension, une semence peut aussi être à la fois tolérante au Roundup® et produire en même temps un insecticide grâce à une protéine produite par un gène qui a été introduit artificiellement dans la plante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle des associations écologistes demandent à ce que ces semences soient considérées comme des pesticides et pas comme de simples plantes… Quoi qu’il en soit, que ce soit pour une exploitation agricole ou pour un jardin, le Roundup® fait des merveilles aux yeux de ses utilisateurs car il permet détruire toutes les mauvaises herbes, en une seule fois et de manière radicale.
 
ROUNDUP® : UNE PRESENCE NON-NEGLIGEABLE DANS L’ENVIRONNEMENT
 
Et pourtant, le Roundup® a aussi son revers de la médaille, c'est-à-dire qu’il suscite de très sérieux doutes quant à son innocuité : côté pile, on a donc un outil chimique très puissant qui rend bien des services, et côté face un produit toxique pour l’environnement et la santé. C’est en substance ce qu’affirment de plus en plus de scientifiques (et non des moindres) dans un certain nombre d’études menées depuis 10 ans, notamment en France depuis que le Conseil Général des Côtes d’Armor en Bretagne s’est rendu compte que le fameux liquide jaune transparent était présent dans quasiment toutes ses rivières… Et dans les départements voisins, le tableau est le même. Pour exemple, dans le bassin de l’Elorn, la rivière qui alimente en eau potable un tiers du Finistère, des prélèvements effectués en octobre 1999 ont montré que la concentration en glyphosate atteignait 17,02 microgrammes par litre, soit 172 fois la norme autorisée. Ainsi, suite à d’autres prélèvements effectués sur tout le territoire français pour le Ministère de l’Ecologie au cours des années suivantes, il en ressort que des résidus molécules contenues dans des herbicides, et en particulier des résidus de glyphosate (le principe actif du Roundup®), sont présents dans la moitié des cours d’eaux en France. Premier polluant des eaux de surface dans l’hexagone, le glyphosate se retrouve logiquement dans l’eau du robinet. C’est ce que dénonce des élus locaux et notamment Eric Bareille, maire PS de Vert-Saint-Denis, une commune de 7 000 habitants en Seine-et-Marne, à l’est de Paris. Selon son directeur de cabinet, Stéphane Daron, la nappe phréatique de Champigny qui apporte de l’eau potable à un million de personnes est contaminée au glyphosate « au plus profond », précise-t-il.
 
Au Danemark, la prise de conscience a été nationale, suite à une étude publiée en 2003 par l’Institut de Recherche Géologique du Royaume qui a révélé que les eaux souterraines contenaient cinq fois plus de cette molécule chimique que le taux autorisé à l’époque. Elle a d’ailleurs entraîné une décision plutôt radicale de la part d’un gouvernement, à savoir l’interdiction d’utilisation de tous les herbicides à base de glyphosate en septembre 2003 (même si certaines autorisations peuvent être données au cas par cas) par le Ministère de l’Environnement. Selon Hans Christian Schmidt, à la tête de ce ministère à l’époque, les « Danois devraient pouvoir mettre leur cafetière en route le matin sans se préoccuper des pesticides » disait-il pour justifier cette mesure. « Lorsque nous pulvérisons du glyphosate dans les champs selon le mode d’emploi, il a été démontré qu’il est lessivé jusque dans les eaux souterraines supérieures à une concentration de 0,54 microgramme par litre. Cela est très étonnant, parce que nous avons jusque là cru que les bactéries du sol décomposaient le glyphosate avant qu'il ne puisse atteindre les eaux en profondeur » indiquait le rapport qui provoqua une certaine stupeur dans ce petit pays du nord de l’Europe. Dans un communiqué publié suite à cette interdiction, Monsanto l’avait fermement condamnée, la qualifiant d’« inacceptable », car elle était prise au détriment des agriculteurs Danois, selon elle. Car aux dires de la firme, « les restrictions apparaissent être basées sur des traces de glyphosate retrouvées à une profondeur d’un mètre dans le sol » ce qui ne peut pas être considéré comme étant de l’eau souterraine et « certainement pas comme de l’eau potable » se plaignait-elle. Quoi qu’il en soit, pour le professeur Mogens Henze, un spécialiste de la pollution de l’eau et professeur à l’Institut pour l’Environnement et des Ressources à l’Université Technique du Danemark, ce qui reste à découvrir dans plusieurs années pourrait s’avérer bien plus grave. « Les résultats montrent que le glyphosate pollue notre eau potable. Et malheureusement cela ne représente que la partie visible de l’iceberg, car le glyphosate et bien d’autres produits chimiques épandus arrivent à pénétrer dans le sol à ce point » expliquait-il en 2003. En effet, les associations écologistes qui se battent pour dénoncer les effets du Roundup® mettent en avant le fait que le produit de dégradation de l’herbicide (appelé AMPA pour Acide aminométhylphosphonique) est très persistant dans l’environnement : sa présence dans le sol est de 958 jours alors qu’elle est de 32 seulement en conditions de laboratoire. Les propres analyses faites pour la société Monsanto elle-même indiquent par ailleurs qu’au bout d’un mois de présence dans le sol, le Roundup® n’a disparu qu’à 2% soit 35 fois moins qu’un produit considéré comme « biodégradable ». Or, tous les bidons de Roundup® vendus en France indiquaient jusqu’à il y a quelques années que le produit était « biodégradable ». Un argument qui ne manquait pas d’être mentionné dans le spot publicitaire diffusé à la télévision en 2001, et un point qui n’avait pas échappé non plus à l’association Eau & Rivières de Bretagne. Compte tenu des éléments qu’elle avait à sa disposition à l’époque, montrant que le produit était persistant dans l’environnement, elle décida d’attaquer la filiale française du géant américain de la chimie devant les tribunaux, épaulée par l’UFC-Que Choisir. Ainsi, après plusieurs années d’instructions et un procès en 2006, le tribunal correctionnel de Lyon condamna à 15 000 € d’amende les dirigeants de Monsanto (le fabricant) et SCOTTS France (le distributeur) en janvier 2007 pour publicité mensongère. La peine a été confirmée en appel en octobre 2008, et en octobre 2009 la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation définitivement enregistré cette décision en rejetant le pourvoi de Monsanto. Déjà en 1996, aux Etats-Unis, le procureur général de l’Etat de New York avait mené une enquête sur le Roundup® et avait par la suite porté plainte contre Monsanto qui là-bas aussi à l’époque, affirmait que son produit vedette était sûr pour l’environnement. Finalement dans le cadre d’un règlement à l’amiable, le semencier OGM et fabriquant du produit avait accepté de cesser l’utilisation des termes laissant à penser que le Roundup® était sans impact pour la Nature. Il avait donc versé 50 000 dollars à l’Etat pour frais de justice, reconnaissant implicitement que son produit n’était pas si innocent. En France, il aura fallu plus de dix ans pour arriver au même résultat. Mais alors comment en est on arrivé à soupçonner le Roundup® d’être toxique ?
 
Dans le monde, plusieurs scientifiques de renom se sont penchés sur le « cas » Roundup®. L’un des premiers fut l’Américain Robert Kremer du service de recherche du Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis. Ce docteur en microbiologie travaille sur les impacts du Roundup® depuis 1997. En octobre 2009, il a participé à la rédaction d’une série de cinq articles décrivant les effets négatifs de l’herbicide sur l’environnement publiés dans la revue scientifique European Journal of Agronomy. Evoquant le glyphosate, ce docteur en microbiologie explique pourquoi il est si problématique pour les sols : « Le glyphosate est très systémique dans la plante et il est relâché à travers les racines dans le sol. De nombreuses études montrent que le glyphosate peut avoir des effets toxiques sur les micro-organismes et peuvent les stimuler pour faire germer des spores et coloniser les racines. D’autres chercheurs montrent aussi que le glyphosate arrive à immobiliser la manganèse, un micro-nutriment essentiel à la plante ». Pour illustrer ces propos, il donne notamment l’exemple des bactéries appelées rhizobiums qui permettent aux plantes légumineuses telles que le soja de se nourrir à partir de l’azote dans l’air. Selon lui, le glyphosate est toxique pour ces bactéries qui par conséquent sont réduites en sa présence et ne permettent plus à la plante de se nourrir, provoquant des maladies. Il a ainsi constaté en effectuant des prélèvements dans des champs de soja tolérant au Roundup® une augmentation de la présence de champignons microscopiques du genre Fusarium qui attaquent la plante et permettent la prolifération de parasites. Robert Kremer confirme également la persistance du glyphosate dans les sols et dans les milieux aquatiques : « On longtemps considéré que le glyphosate est bénin car il n’est pas immédiatement absorbé par le sol. Mais la Recherche montre que cela n’est pas nécessairement vrai ; qu’il est bien présent dans le sol. Si le sol est rempli de phosphore, le glyphosate peut s’écouler dans les eaux sous-terraines » dit-il. Dénonçant par ailleurs la « course à l’échalotte » des ingénieurs en génétique qui tentent de lutter contre les plantes, de plus en plus nombreuses, résistantes au glyphosate par des procédés toujours plus sophistiqués mais peut-être toujours plus dangereux, il parle d’un « cycle illogique » : « Quand la résistance (à un voir plusieurs herbicide, ndlr) se produit encore, vont-ils alors développer une plante résistante à cinq ou six herbicides ? » s’insurge-t-il. Suite à la publication de ces articles en octobre 2009 dans le European Journal of Agronomy dénonçant les effets pervers de la molécule utilisée dans la formulation du Roundup®, les membres du Ministère américain de l’Agriculture n’ont pas juger nécessaire de relayer l’information. « Ils pensent que si les agriculteurs utilisent la technologie Roundup-Ready®, il ne faut pas que le Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis diffuse des informations négatives sur elle » peste Robert Kremer.
 
En France, c’est un autre prénommé Robert qui s’est intéressé le premier au Roundup® : le Professeur Robert Bellé de la station biologique de Roscoff (qui dépend du CNRS et de l’université Paris VI Pierre et Marie Curie). Le Professeur Gilles-Eric Séralini de l’Université de Caen, a lui aussi voulu en savoir davantage, après avoir pris connaissance des différentes études sur le produit. Ainsi, suite à la première découverte du Professeur Bellé en 1999 montrant que le Roundup® perturbait le processus de division des cellules d’embryons fécondés d’oursin (qui utilise le même ADN que l’homme lors la fécondation), les études les plus alarmantes les unes que les autres se sont multipliées : aux Etats-Unis, mais aussi en Argentine (où le Roundup® est omniprésent), et toujours en France. En décembre 2008, une étude parue dans la publication américaine Chemical Research in Toxicology (une revue scientifique de renommée mondiale) menée par le Professeur Séralini, épaulé par Nora Benachour, a constitué une première : jamais une étude sur les effets du Roundup® n'était arrivée à des conclusions aussi inquiétantes pour l’être humain, à savoir qu’il détruisait les cellules humaines. « Nous avons travaillé sur des cellules de nouveau-nés avec des doses de produits 100 000 fois inférieures à celles avec lesquelles le jardinier lambda est en contact. Les Roundup® programment la mort des cellules en quelques heures… », indiquait à la presse le professeur de biologie moléculaire, à l’époque de la publication de son étude. Nécroses, asphyxie ou encore détérioration de l'ADN : telles sont les conséquences constatées du contact de l'herbicide avec les cellules humaines. Ainsi dans ce schéma, toutes les conditions sont réunies pour favoriser l’apparition de tumeurs, donc de cancers. Ces scientifiques s’accordent également sur le fait que le Roundup® est un perturbateur endocrinien, c'est-à-dire qu’il provoque des troubles du système hormonal. « En 2005, nous avions déjà prouvé cette toxicité mais pas à des doses infinitésimales », avait par ailleurs précisé ce chercheur du CRIIGEN, le Comité de recherche d'informations indépendantes sur le génie génétique, présidé par Corinne Lepage (avocate, et députée européenne Modem). « Les effets délétères ne sont pas proportionnels aux concentrations en glyphosate mais dépendent plutôt de la nature des adjuvants », précise-t-il, ajoutant par ailleurs de les adjuvants corrosifs changent le métabolisme du produit. « Et comme la cellule de la plante a une plus grosse membrane qu’une cellule humaine, le produit va plus pénétrer dans le corps de l’être humain » s’alarme-t-il. Il semble donc que ce soit « l'effet cocktail », c'est à dire la combinaison du principe actif et des adjuvants, notamment le POEA (polyoxyéthylèneamine), qui permet au principe actif de mieux pénétrer dans la plante mais qui rend aussi l'herbicide encore plus toxique. En réponse à cette étude, Monsanto France a indiqué que « l'étude de M. Séralini détourne intentionnellement l'usage normal du Roundup® afin de dénigrer le produit, alors que sa sécurité sanitaire est démontrée depuis 35 ans à travers le monde ». Une étude plus récente, menée par le Professeur Séralini effectuée avec la collaboration du Professeur Chagnon de Dijon montre que le Roundup® perturbe les hormones sexuelles. Elle a été publiée en juin 2009.
 
C’est pourquoi, des associations mais aussi des élus montent au créneau pour demander la suspension de sa commercialisation en attente de connaissances supplémentaires sur ses effets. « L’idéal serait de les enlever des rayons mais le problème c’est que ces produits ont reçu l’aval du Ministère de l’Agriculture » indique la mairie de Vert-Saint-Denis (Seine-et-Marne) qui a exigé en septembre le retrait du Roundup® des rayons du magasin Leroy-Merlin de la commune voisine. Un vœu pieux puisque le produit incriminé n’a pas été retiré suite à cette demande. Car en effet, conformément à la loi en vigueur, c’est le Ministère de l’Agriculture qui délivre une autorisation de mise sur le marché pour tous les pesticides. Pour cela, il demande un avis aux experts de l’Afssa l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, qui doit d’ailleurs absorber en juin prochain l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail).
 
ROUNDUP® : UNE AUTORISATION DE MISE SUR LE MARCHE FAUSSEE, UNE REGLEMENTATION BANCALE
 
Ainsi, de manière régulière l’Afssa a donné son aval pour la commercialisation de toutes les versions de Roundup®, notamment lors de sa dernière réévaluation complète en 2007, mais « le produit tel qu’il est dans l’environnement n’est pas testé » s’étonne Gilles-Eric Séralini. En effet, jusqu’à présent, seul le glyphosate est testé et pas le Roundup® lui-même utilisé réellement. C’est pourquoi l’Afssa qui évalue notamment la toxicité des pesticides ne trouve rien à redire quant à la vente libre du Roundup®, même lorsque les signes sont très inquiétants.Suite aux travaux du Professeur Séralini, l’agence indiquait en décembre 2008 par la voix de Thierry Mercier qu’il n’était pas nécessaire de réévaluer le Roundup®. Le directeur

adjoint de la section « végétal et environnement » affirme que « ces résultats ne remettent pas en cause les évaluations réalisées et dans des laboratoires indépendants. Il faut être prudent quant à une extrapolation possible à l’homme d’études in vitro » justifiait-il. En fait, l’un des problèmes est que pour ses évaluations, les experts de l’Afssa se basent sur des études réalisées pour ou par les industriels de la chimie. Mais le principal soucis est que les rapports que reçoit l’Afssa concernent des études qui sont effectuées sur la molécule du principe actif uniquement (le glyphosate pour le Roundup®) et pas sur le produit lui-même dans son ensemble, tel qu’il est commercialisé et ensuite utilisé dans la réalité. Et lorsque Pascale Robineau, directrice du végétal et environnement de cette agence qui est sous tutelle du Ministère de l’Agriculture, évoque ces études qui concluent à la toxicité du Roundup®, elle assure toujours qu’« aucune d’elle ne contient de données qui permettent de conclure qu’il y a un lien, une corrélation entre l’exposition au glyphosate et un taux plus élevé de cancer », se focalisant uniquement sur le principe actif seul du Roundup®. Et malgré les soupçons de conflits d’intérêts entre certains experts et les chimiquiers, ces mêmes experts étant chargés d’évaluer les nouveaux pesticides (et donc notamment du Roundup®) et qui, par ailleurs, siègent aux côtés des membres de l’UIPP, l’Union des Industries de la Protection des Plantes (dont Yann Fichet, porte-parole de Monsanto France, est vice-président par exemple), Madame Robineau estime qu’ils savent conserver leur neutralité et leur libre-arbitre lorsqu’ils effectuent ces évaluations. Une situation qui ne semble pas indisposer outre mesure le Ministère de l’Agriculture, puisqu’il se borne à suivre sans sourciller les avis de l’Afssa pour valider l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau pesticide qui a reçu un avis positif de ce comité d’experts. C’est ce qui passe pour le Roundup® qui semble donc bénéficier d’une réglementation on ne peut plus bancale puisqu’elle ne tient pas compte de tous les paramètres du produit évalué.

 
 
ROUNDUP® : LES MINISTRES CONCERNES CAMPENT SUR LES POSITIONS DE L’AFSSA
 
Ainsi, compte tenu des éléments accumulés depuis dix ans tendant à prouver la toxicité du Roundup®, des associations et des politiques intentent des recours pour le faire interdire, du moins suspendre sa commercialisation. En 2000, l’association Eaux & Rivières de Bretagne avait déjà interpellé Dominique Voynet et Marylise Lebranchu, respectivement Ministre de l’Environnement et Ministre de la Consommation, en demandant notamment la révision de l’homologation et du classement toxicologique du produit. Cependant, la marge de manœuvre des deux ministres était quelque peu limitée et cela n’a pas permis de changer grand-chose quant au sort du Roundup®. Le 10 février 2009 par le biais du Journal Officiel (question n°41228), la députée PS des Deux-Sèvres Delphine Batho a interpellé Roselyne Bachelot, l’actuelle Ministre de la Santé sur le Roundup®. Dans sa question, elle demandait notamment si, compte tenu des études récentes sur la probabilité de toxicité du produit, le gouvernement comptait interdire sa commercialisation en France, ou à défaut s’il comptait faire procéder à d’autres travaux scientifiques, et dans l’attente de leurs résultats, « appliquer le principe de précaution pour protéger la santé publique », à savoir suspendre son autorisation de mise sur le marché (AMM). Et réponse fut donné à la Députée en octobre 2009 par la Ministre : « Le glyphosate et le polyoxyéthylèneamine (POEA) (principal surfactant du Roundup®) ne sont classés comme cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques ni au niveau communautaire ni par le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC) » précise-t-elle. « Cependant, plusieurs études semblent montrer que la toxicité du mélange glyphosate/POEA est plus importante que celle du glyphosate seul » reconnaît Madame Bachelot. Pourtant, elle conclue qu’il n’y a pas lieu de faire quoi que ce soit, puisque l’Afssa, saisie par la Direction générale de la santé et la Direction générale de l’alimentation sur ce sujet, estime dans son avis que la dernière étude du Professeur Séralini « n’apportent pas de nouveaux éléments pertinents qui soient de nature à remettre en cause les conclusions de l’évaluation européenne du glyphosate ni celle de l’évaluation nationale des préparations à base de glyphosate ».
 
Parallèlement à la demande de Madame Batho, Corinne Lepage, la présidente du CRII-GEN, demandait à Michel Barnier, le Ministre de l’Agriculture (désormais Commissaire européen au marché intérieur et aux services), de suspendre le droit d’utiliser le Roundup® et de rendre caduque l’autorisation de mise sur le marché du désherbant, invoquant le principe de précaution, aux regards des derniers éléments disponibles sur ce produit. Car selon un arrêt du 27 février 2008 du Conseil d’Etat, le Ministre de l’Agriculture peut retirer une autorisation de mise sur le marché d’un produit phytosanitaire « lorsqu’il était démontré que l’une des conditions requises pour l’obtention de cette autorisation relative à l’efficacité et à l’innocuité du produit à l’égard de la santé publique n’était plus satisfaite ou s’il était fait état d’un doute sérieux sur ce point » argumentait Corinne Lepage dans son courrier adressé au ministre de tutelle. Mais, tout comme Delphine Batho, la désormais vice-présidente de la commission environnement au Parlement Européen s’est vu répondre une fin de non recevoir par Michel Barnier qui laconiquement, lui indique dans un courrier du 11 juin 2009 qu’il a saisi lui-même l’Afssa et que « les scientifiques consultés ont conclu que ces éléments ne remettaient pas en cause les conclusions » de l’avis de mars 2007, et que par conséquent il refusait de suspendre l’AMM du Roundup®. Entre temps, la députée PS Batho, alertée par l’étude des Pr Séralini et Chagnon de juin dernier, n’a pas manqué de relancer la Ministre de la Santé au sujet du Roundup. A ce jour, elle n’a pas obtenu de réponse de la part de Roselyne Bachelot.
 
ROUNDUP® : DES DOUTES SUR DES FORMUATIONS HOMOLOGUEES SELON UNE ASSOCIATION
 
Prenant le relais de Corinne Lepage sur ce sujet cet été, le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF) et un agriculteur biologique (Jacques Maret) décide de demander à Bruno Lemaire, le tout nouveau Ministre de l’Agriculture, d’abroger les autorisations de mise sur le marché de trois formulations de Roundup® (Roundup Express®, Roundup Extra® et Roundup GT Plus®). Une sorte de « cadeau de bienvenue » au successeur de Michel Barnier. Le 14 octobre 2009, le Ministre leur répond directement en indiquant notamment « qu’aucune des préparations susmentionnées ne contient de POEA ». En d’autres termes, Bruno Lemaire indique que les trois formulations incriminées par l’association ne contiennent pas l’adjuvant (qui tend à renforcer la toxicité du Roundup®), justifiant ainsi le fait de maintenir la commercialisation des formulations du désherbant. Et pourtant, suite à des analyses effectuées sur le Roundup Express® et le Roundup GT Plus® à la demande du MDRGF aux laboratoires Analytika (basé à Cuers dans le Var) et Gavard (basé à Tournefeuille en Haute-Garonne), les deux formulations contiennent bel et bien du POEA, l’adjuvant principal du Roundup®. De plus, les deux laboratoires ont également conclu que deux types de Roundup® dont chaque formulation était différente l’une de l’autre ont malgré tout reçu le même numéro d’AMM… De sérieuses anomalies qui mettent en doute la régularité de l’homologation d’au moins deux formulations du Roundup®. Sollicité par mes soins fin novembre, le service de presse de Monsanto France n'a pas répondu, ni réagi aux révélations du MDRGF. Du côté de l'UIPP, il m'a été indiqué qu'il appartenait à ses adhérents de « répondre spécifiquement aux questions relatives à leurs produits sur les sujets spécifiques des substances actives »...
 
La société Monsanto a-t-elle menti dans son dossier de demande d'homologation de formulations de Roundup® pour faciliter leur commercialisation ? L'Afssa, a-t-elle délivré ses avis sans prendre en considération le POEA ? Comment le Ministère de l’Agriculture peut-il ignorer sa présence dans le Roundup®, alors qu’il est le ministère de tutelle ? Et surtout, la formulation qui a fait l’objet de tests et d’études pour étayer les demandes d’homologation est-elle bien la formulation réellement vendue dans le commerce et utilisée dans la réalité ? De graves questions pour lesquelles les principaux concernés, à savoir Monsanto, l’Afssa et le Ministère de l’Agriculture se doivent de répondre, tant les enjeux de santé publique et environnementaux sont importants. Ne serait-il pas temps pour le Ministère de l’Agriculture, devenu officiellement le 25 juin 2009 le « Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche », de se pencher sur la réglementation et le processus d’homologation de produits tels que le Roundup® ? Car cette situation aussi aberrante soit-elle, est également illégale car elle ne respecte pas le Code rural, selon les avocats du MDRGF, une association écologiste qui est depuis plus d’un an est dans le collimateur des producteurs de raisin de table. C’est pourquoi, si aucune décision allant dans le sens de cette association qui lutte contre l’omniprésence des pesticides dans les cultures n’est prise prochainement, elle envisage de porter les faits au parfum de scandale devant la justice. L’affaire est donc à suivre mais les pouvoirs publics français pourraient bien se retrouver dans l’embarras s’ils avaient à s’expliquer devant une juridiction…
 
MONSANTO : « AU REVOIR ROUNDUP® ? »
 
Quoi qu’il en soit, c’est peu de dire qu’un nouveau procès pourrait ne pas arranger les affaires de Monsanto, qui reste une cible très prisée des anti-OGM, écologistes et autres alter-mondialistes, notamment depuis la publication du livre de la journaliste Marie-Monique Robin intitulé Le Monde Selon Monsanto, qui a également fait l’objet d’un film rediffusé le mardi 5 janvier sur la chaîne franco-allemande Arte.
 
Aussi, la firme semencière est actuellement en proie à une période très difficile. Son chiffre d’affaires a baissé de 36% en un an, et elle voit ses ventes de semences OGM de maïs et de soja reculer. Mais ces mauvais résultats sont dus en grande partie à la baisse des ventes de Roundup® qui se sont écroulés de 62,5% sur un an au dernier trimestre. Ainsi dans la presse, le PDG de Monsanto lui-même évoque une possible vente de son « bébé » : « Ce n’est pas une vache sacrée. Nous étudions cette éventualité chaque année » déclare Hugh Grant dans le magazine britannique The Economist qui lui a consacré récemment un dossier (plutôt favorable au grand regret de beaucoup de lecteurs qui se sont déchaînés dans les forums du journal). Enfin, le groupe Monsanto a révélé en 2009 qu’il supprimera 1 800 emplois, soit 8% de ses effectifs mondiaux, d’ici août 2010. Rien de bien inquiétant pour les actionnaires du groupe puisque le très influent Forbes Magazine a élu Monsanto l’entreprise américaine de l’année 2009, saluant ses succès économiques et ses produits innovants. Quoi qu’il en soit, le Roundup est toujours disponible presque partout, même si certaines jardineries tels que Botanic ont fait le choix d’appliquer le principe de précaution en le retirant de ses 60 points de vente, depuis le premier janvier 2008.
 
Quoi qu’il en soit, rappelons que la France est le premier utilisateur de pesticides en Europe et le quatrième au niveau mondial après le Brésil, les Etats-Unis et le Japon. En 2008, 76 000 tonnes de pesticides ont été épandues sur le territoire français. Enfin, en Argentine, qui a accueilli à bras ouvert le soja Roundup -Ready® (qui représente 99% de la culture du soja dans ce pays où 50% des terres cultivées sont consacrées au soja…), le Roundup® fait des ravages dans les populations qui vivent près de ces cultures : cancers, malformations congénitales, maladies hormonales, maladies respiratoires, etc… Et à ce jour dans le monde, les plantes transgéniques tolérantes au Roundup® sont autorisées à l’importation en Europe. Elles représentent 75% de la production mondiale d’OGM et servent essentiellement à nourrir les animaux que nous utilisons pour faire de la viande.